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jeneveuxpasaider.com : la taxe carbone carbonisée
Jeneveuxpasaider.com : la taxe carbone carbonisée
On peut faire semblant de croire comme beaucoup de financiers cyniques constatant l’incurie du politique la fameuse phrase du Président Henri Queuille :
« Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout » ;
On peut être fier de soi, sabrer le champagne parce que ses mandants le souhaitaient quand on est président d’un syndicat professionnel ; on peut se justifier au nom de la compétitivité alors que les autres pays d’Europe ne l’ont pas mise en place ; on peut se satisfaire d’avoir gagné plusieurs mois de trésorerie sur le dos de l’Etat alors qu’on vient de bénéficier –à juste titre- de la suppression de la taxe professionnelle … :
Le CO2 dans l’atmosphère, lui, est toujours là !
On peut être content du résultat des élections, fier d’avoir terrassé l’adversaire local ou national ; on peut se satisfaire de la déroute de ses ennemis politiques et aujourd‘hui hurler parce que les engagements de Grenelle ne seraient pas tenus ; on peut faire partie de cette foule qui aujourd’hui la pleure quand il aurait fallu bien évidemment faire consensus national autour d’elle sur un sujet aussi important … On peut se donner bonne conscience en croyant que l’écologie est « de gauche » quand on est « de droite » ; en croyant que la droite ne peut pas sincèrement s’attaquer aux défis écologiques quand on est « écolo » et arc-bouté sur ses dogmes antinucléaire ou anti-marché ou anti-technologie ou anti-croissance (voire pour certains anti-hommes ?) …
Le CO2 dans l’atmosphère est là ; il ne disparaît pas … il y en a de plus en plus …
On peut se gausser d’un Conseil Constitutionnel quasi-sénile, constater amèrement le décalage croissant entre les hommes (rarement des femmes ..) au Pouvoir, de plus en plus vieux, vieillissants donc incapables d’accepter moralement la crise écologique, et notre jeunesse inquiète ; on peut la sentir se préoccuper de manière confuse encore du défi climatique pour sa génération et celle de ses enfants et se dire avec Woody Allen :
“l’avenir est la seule chose qui m’intéresse, car je compte bien y passer les prochaines années.” ;
on peut rire du clown médiatique Allègre et du tissu de contrevérités qu’il assène avec aplomb, sans scrupule et sans la moindre déontologie scientifique … ; on peut s’inquiéter qu’une presse économiquement aux abois ait besoin de cet amuseur public pour créer de la polémique et tenter de relancer sa diffusion … On peut aussi constater amèrement que le GIEC, par crainte –justifiée- des lobbys et des politiques, par conscience de son incapacité à faire face aux attaques des medias ? ; soit quasi systématiquement en deçà dans ses anticipations sur l’avenir de la planète …
Le CO2 dans l’atmosphère est là ; il ne disparaît pas … il y en a de plus en plus … de plus en plus vite en cette belle année 2010 …
On peut tenter de comprendre nos entreprises agricoles en détresse depuis deux ans ; nos entreprises de transport et logistique « shootées » au pétrole et démunies ; on peut s’inquiéter de la façon dont les lobbys industriels ont pour partie échappé à l’équivalent d’une taxe qu’aurait dû constituer le système des quotas mis en place par le protocole de Kyoto ; on peut espérer pour 2011 que l’Europe mette en place cette taxe carbone, pourtant plus facile pour la France dont l’économie est l’une des moins carbonées d’Europe grâce au nucléaire ; on peut s’interroger surtout sur des économies qui se font saigner par les pays exportateur de pétrole ; on peut s’inquiéter d’un baril à 80$ : à 2 Millions de barils par jour, c’est une « taxe Moyen Orient » de plus de 1 Milliard d’euros par semaine ! ; on peut se dire que la prochaine poussée des prix du pétrole –quasiment inéluctable dans les 5 ans qui viennent- verra le prix franchir à nouveau les 100$, ce qui représentera 2,5 fois la ridiculement petite taxe carbone envisagée pour préparer cet avenir décarboné de rareté ;
Le CO2 dans l’atmosphère est là ; il ne disparaît pas … il y en a de plus en plus … de plus en plus vite en cette belle année 2010 … Et du pétrole à extraire des gisements actuels, il va probablement y en avoir de moins en moins …
On peut constater les égoïsmes planétaires, l’efficacité redoutables des lobbys industriels et financiers, on peut voir monter les tensions entre états dans un monde largement ravagé par une crise économique dont l’issue paraît bien incertaine ; on peut se dire que ce n’est pas le moment … ; On peut essayer de rester optimiste en écoutant actuellement Lord Stern au Collège de France à Paris (voir http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/cha_eur/), espérer un sursaut des peuples et de leurs décideurs, constater avec lui les tensions entre pays et le sentiments d’iniquité fort qui prévalait à Copenhague entre pays en développement et les pays « riches » ; on peut comprendre les syndicats français qui s’inquiètent eux-aussi de la survie de leurs entreprises ; on peut même essayer de comprendre que « the american way of life is not negotiable » ; on pouvait imaginer que la France, suivie de l’Europe, aurait pu être un exemple pour le Monde …
On peut constater comme est encore loin le concept de « sens humain » annoncé par des prophètes comme Teilhard. Avec Lord Stern, grand économiste spécialiste de l’aide au Tiers Monde et à l’Afrique, on peut craindre pour les engagements pris à Copenhague en faveur de l’aide aux pays les plus pauvres … qui eux n’ont pas besoin de taxe carbone.
Michel Lepetit
Copenhague, suite et … suites
De Copenhague je dirai, en paraphrasant Churchill : ce n’est pas la fin ; ce n’est même pas le commencement de la fin. Mais c’est peut être la fin du commencement …Les échos de Copenhague s’atténuent doucement en ce début 2010 … et l’on peut être déjà certain qu’ils vont pourtant aller s’amplifiant à nouveau dans les mois à venir …
De Copenhague, on peut aussi déjà tout dire et son contraire : immense déception pour les uns, étape diplomatique cruciale pour les autres. Echec du processus « onusien » pour certains ; première réelle implication des pays en développement et des USA pour d’autres.
L’accord de Copenhague
Copenhague, c’est un traité obtenu à l’arraché qui tient en quelques paragraphes, que j’invite tout le monde à lire : cela prend environ le temps de lecture d’un Oui Oui (attention, en anglais !), car le traité tient sur 3 pages très synthétiques.
L’accord est donc finalement peu contraignant :
- Le traité indique que la hausse des températures doit être limitée à 2°C d’ici à 2050.
- Pas d’objectif global de réduction des émissions de GES -gaz à effet de serre- (la cible de réduction de 50 % des émissions de GES avant 2050 -pourtant bien lointaine !- a été retirée de la déclaration). Avant le 31 janvier 2010, les objectifs de réduction de leurs émissions à horizon 2020 devaient être renseignés par les pays développés, sur une page blanche en annexe du texte ; les pays en développement devaient mentionner dans le même délai les moyens qu’ils comptent mettre en œuvre pour réduire leurs émissions.
- Un accord de principe porte sur l’importance des mesures visant à réduire les émissions provenant de la déforestation et de la dégradation de la forêt.Une décision sur la « déforestation évitée » demande aux pays en développement de mettre en place un système permettant d’estimer les émissions de leurs forêts : c’est un premier pas vers une comptabilisation monétaire de ce bien commun de l’humanité.
- Un cadre d’accord sur l’aide aux pays les plus vulnérables afin qu’ils puissent mieux supporter les conséquences des changements climatiques
Vers une réorganisation du monde autour du climat ?
La main invisible d’Adam Smith (philosophe anglais du XVIIIème siècle, père du libéralisme économique) risque d’avoir de l’arthrose …
Des négociations de Copenhague on tirera dans les années qui viennent plusieurs leçons, avec le recul.
Certaines sont déjà évidentes :
Une gouvernance mondiale revisitée : on a assisté à un « putch » des grands pays de la planète, qui ont pris la négociation en main, face au mécanisme démocratique onusien de l’unanimité, devenu ingérable à 194 pays ! Ainsi, comme le dit Jean-Marc Jancovici, c’est un « conseil d’administration » de l’humanité constitué d’une vingtaine de nations qui aura décidé in fine de l’accord (en parallèle donc des négociations onusiennes !), avec à sa tête une co-direction des Etats-Unis et de la Chine, après consultation de l’Inde, du Brésil et de l’Afrique du Sud (avec la Chine, les « BASIC »)! On remarquera que tous les dirigeants de ce G20 du climat étaient présents –et très impliqués personnellement- à Copenhague, soulignant l’importance cruciale des enjeux. Ce sont cette grosse vingtaine de pays qui ont signé l’accord, par la suite présenté aux 194 pays de la Conférence.
- L’aide au Tiers monde (les Pays les moins avancés) va probablement subir les conséquences lourdes des enjeux climatiques. Au delà de l’aide de 30 milliards de $ promise pour 2010-2012 (le « Copenhagen Green fund »), c’est une augmentation très significative de cette aide qui est projetée pour 2020 (100 Milliards de $ par an). Malgré des dénégations et des déclarations vertueuses des pays développés, il est à craindre que l’essentiel de l’aide au développement transitera à terme par ce canal (au détriment des autres types d’aides étatiques : sanitaire ; alimentaires, éducation, etc …), avec un contrôle très rigoureux de l’effectivité de cette aide par les donateurs … et l’accord prévoit, mais sans l’expliciter, la possibilité de recourir à des financements innovants pour cette aide … comme la fameuse taxe Tobin sur les transactions financières.
- Pour autant, seule la signature de l’accord par un pays lui donnera droit au package d’aide au développement, ce qui devrait donc inciter un grand nombre d’entre eux à le ratifier !
- Faire de nouveau converger le processus onusien et la réalité de l’accord de Copenhague ne va pas être une mince affaire, ne serait-ce que parce que certains pays ont l’intention de bloquer le processus (Venezuela, Cuba …), la totalité des autres pays ayant seulement « pris note » de l’accord à ce stade. On peut donc penser que le sujet du changement climatique ne sera plus jamais abordé sous la forme de gigantesque réunion internationale mal maîtrisée comme l’a été Copenhague, un peu « barnum » avec ses 25 000 participants, ses 120 chefs d’état ect …
- On remarquera que le protocole de Kyoto et sa poursuite au-delà de 2012 … ne sont pas abordés dans l’accord ! C’est le grand oublié de Copenhague ! L’Europe va probablement revenir à la charge très prochainement sur ce sujet.
- L’idée d’une Organisation mondiale de l’environnement a été rejetée, ainsi que toute idée de contrôle extérieur des engagements de chaque pays.L’accord n’est donc qu’un début, en aucun cas une fin en soi … Nous aurons donc l’occasion d’en reparler très souvent dans les années, les mois, voire les semaines qui viennent !
Les premiers engagements, retours de l’accord ont été transmis par plus de 55 pays en ce début février 2010, avec des pays du BASIC qui cherchent toujours à faire front commun face aux pays développés, et une administration américaine fragilisée par la politique intérieure.
La suite ?
Mon pronostic personnel sur la suite ? Des économistes et des physiciens du climat, vont faire tourner des simulations et des projections sur 20, 50 ans, sur la base des engagements retournés. Et –surprise !-que croyez-vous qu’il va apparaître ? : les modèles physiques et économiques qui vont être nourris par ces engagements vont établir que le compte n’y est pas, et qu’en particulier, l’objectif des 2°C est irréaliste … constat qui enclenchera de nouvelles joutes diplomatiques, réunions houleuses du G20 et autres agitations internationales (le débat sur l’aide aux pays les moins avancés s’annonçant en conséquence plutôt tendu dans ce cadre !).
Dès à présent, de nombreux sujets font débats, symptômes de l‘agitation politique nationale et internationale : taxe carbone en France : et première évocation d’une taxe carbone européenne ; taxe carbone aux frontières : sujet de diplomatie internationale crucial qui de mon point de vue va marquer profondément les relations internationales des années à venir ; gouvernance environnementale en Europe et abandon de souveraineté ; contenu de l’aide au développement et matérialité des engagements de Copenhague…
Il me paraît en tout cas totalement illusoire de penser, comme on l’entend parfois, que le mode de gouvernance mis en œuvre à Copenhague, où l’on laisse à chaque pays la liberté de déclarer ses intentions, sans contrôle, sans plan d’ensemble, puisse aboutir à la solution du problème. La « main invisible » aura bien du mal à aboutir « spontanément » à une solution optimale, avec de tels égoïsmes nationaux en jeu !
Beaucoup donc d’occasion d’en reparler … et avec un grand plaisir pour ma part puisque l’équipe de Jeveuxaider à la gentillesse de me proposer une tribune récurrente sur le sujet.
A bientôt donc !
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